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 Edito 

Il y a État d’urgence... et état d’urgence !

On en est là ! Après le massacre du 13 novembre, les conditions de sécurité imposaient donc que l’on passe à un stade où les pouvoirs de police sont étendus... et le pouvoir judiciaire contourné. Pour un temps, après ce choc, cela se conçoit qu’il faille éviter tout danger et éradiquer autant que possible les menaces potentielles... au prix de mesures liberticides.

 Par Jean-Luc Rongé 


Et au milieu de tout ça, il y a une génération – un enfant sur cinq en France – qui vit en regardant ce monde qui s’ouvre à elle avec l’impression que «le malheur des uns fait le bonheur des autres». Ce qui est en train de se fabriquer dans cette (grosse) marge, cette haine n’inquiète-t-elle pas tant qu’il faille, pour le «social», décréter... l’état d’urgence ?

Si cela ne durait pas longtemps, et que la police agissait dans les règles ! Ce qui, au vu d’images de certaines perquisitions, n’est pas toujours le cas, notamment quand on voit les forces de l’ordre enfoncer des portes ouvertes. Ce qui demeurerait dans le domaine du gag devient inquiétant lorsqu’on sait que ces invasions brutales se déroulent en pleine nuit, dans des habitations où résident des enfants... et que le succès de l’opération est rarement atteint.

On se fait peur... mais fait-on peur à ceux qui sont vraiment déterminés à en découdre au nom d’une idéologie aussi dingue que mortifère ? «On doute. Pourvu que ça passe... mais s’il y avait encore une prochaine fois ?»

Parlons d’urgence, justement. Lorsque l’on constate que des attentats peuvent engendrer des mesures aussi extraordinaires, accorder un pouvoir aussi exorbitant au ministre de l’Intérieur, aux préfets, aux services de renseignement, ne viendrait- on à penser que d’autres urgences tout aussi destructrices méritent des moyens aussi exceptionnels ?

Replaçons une autre crise majeure, concomitante à la période des attentats et qui perdurera dans les mois qui viennent : des centaines de milliers de migrants, fuyant la destruction et la mort se pressent aux portes de l’Europe, au risque de leurs vies. Et que fait-on ? Malgré l’impulsion de la chancelière allemande, l’Europe ne bouge pas. Les États, usant de leur souveraineté, érigent les uns des barbelés et des murs, les autres se murmurent dans le silence.

Même la France joue les abonnés absents – «on en prendrait bien quelques centaines... comprenez, nous sommes débordés»... – et de montrer les images de Calais, comme pour dissuader ceux qui voudraient rejoindre la «Patrie des droits de l’Homme».

Et le mal-logement, voire l’absence de toit tout simplement ? «Nous ne disposons pas des moyens de construire plus... les budgets sont à sec». Dans Paris et les métropoles, il y a des milliers de bâtiments vides. «On ne peut toucher à la propriété privée !». Souvenons-nous de la liste des mètres carrés inoccupés appartenant à l’Église citée il y a trois ans par Le Canard Enchaîné.

En d’autres temps, au sortir d’une guerre, on réquisitionnait, contre indemnités bien sûr, pour faire face aux... «situations d’urgence»... et ça serait peut-être moins cher que les nuitées payées aux hôtels pour les «familles sans abris (rassurons-nous, il en reste dans la rue).

Nous serions donc en guerre contre le terrorisme, mais pas contre la pauvreté ?

Comme répondaient en 2012 les associations catholiques, il y a une responsabilité publique, tout ne doit pas peser sur les «humanitaires» et les «caritatifs»... sur lesquels les États ont un peu trop tendance à se reposer. Mais l’État, pourtant conscient du désastre, ne prend pas les responsabilités qu’il devrait imposer... «dans l’urgence».

Les «humanitaires» sont à bout – les «caritatifs» pas toujours «tabou» – et les baisses tendancielles du chômage sont de l’ordre de la marge inconnue dans la querelle de chiffres. Comprenne qui peut !

Et au milieu de tout ça, il y a une génération – un enfant sur cinq en France – qui vit en regardant ce monde qui s’ouvre à elle avec l’impression que «le malheur des uns fait le bonheur des autres». Ce qui est en train de se fabriquer dans cette (grosse) marge, cette haine n’inquiète-t-elle pas tant qu’il faille, pour le «social», décréter... l’état d’urgence ?

Bonne année, qu’elle ne soit ni dingue ni mortifère...