Accueil Editos Breves Archives Sommaires Librairie Abonnements Liens Contact
Projections sur
demande du film
"Mémoire de sauvageon"
de T. De Lestrade
et Sylvie Gilman
En savoir + ...
Comment se procurer le
JDJ ?
Jeunesse & Droit propose aussi des formations

 Edito 

Parler la République, mais pas seulement !

Il est plus que jamais évident - en regrettant qu’il ait fallu attendre les événements tragiques de janvier sinon de novembre - que la République sonne creux aux oreilles de nombre de nos contemporains, surtout les plus jeunes.

 Par Jean-Pierre Rosenczveig 


Nous n’offrons pas, spécialement aux jeunes un projet collectif dans lequel ils trouveront leur place. Or quel projet mobilisateur avons-nous en commun ?

Ce n’est pas entrer dans la repentance ou dans l’approbation béate que d’être lucide. Comment traiter un problème sans tenter d’en analyser les causes ? Oui les mots Liberté-Égalité-Fraternité paraissent vides quand les injustices et le sentiment d’injustice se développent et qu’aucune perspective réaliste d’amélioration ne se présente pour ceux qui estiment être privés de l’essentiel, voire se vivent humiliés.

La fracture sociale ne s’est pas réduite comme il était promis; elle s’est aggravée. Pour trop, le fossé est énorme entre les principes affichés et la réalité vécue sans qu’aucune perspective réaliste de changement se profile. D’où, au passage, le vote massif pour la troisième solution en oubliant ce dont peut être porteur cet extrémisme-là.

Et la laïcité instaurée après d’âpres combats en 1905 est vécue comme de l’ostracisme envers les religions, sinon contre la religion musulmane, quand, au contraire, elle a été consacrée pour en finir avec les guerre de religions, offrir une société apaisée et permettre à chacun de vivre sa foi ou son agnosticisme.

La séparation du temporel et du spirituel est un acquis essentiel sur lequel nous ne devons pas céder un pouce, même s’il faut passer des compromis, quitte à montrer à chacun qu’il y trouve son compte. Ainsi n’est-ce pas un progrès que d’avoir repris à
l’Église catholique la tenue de l’état civil ? Si les politiques doivent recueillir l’avis des religions sur les grands problèmes de société, la religion ne doit pas commander notre art de vivre dans la sphère publique. A fortiori la religion ne doit pas commander le politique. Le discours du président Sarkozy à Latran sur la suprématie du curé sur l’instituteur était une erreur majeure.

À l’origine de ce que nous vivons quatre explications majeures complémentaires.

1°) D’abord nous nous sommes assoupis sur les grands principes fondateurs de la République. Ne vont-ils pas de soi ? Ne sont-ils pas supérieurs à ce qui se joue sur d’autres cieux ? Un endormissement coupable !

2°) Ensuite en laissant se creuser un fossé entre ces principes et ce que nous avions parfois constaté.

3°) Sur fond de crise économique nous n’offrons pas d’espoir à ceux qui vivent difficilement. L’ascenseur social est en panne pour une partie de la jeunesse de France.

4°) Nous n’offrons pas, spécialement aux jeunes un projet collectif dans lequel ils trouveront leur place. Or quel projet mobilisateur avons-nous en commun ?

Dans ce contexte, une meilleure répartition des richesses et des chances s’impose, mais dans le même temps, il nous faut revisiter l’histoire et réexpliquer comment on en est arrivé à ces grands principes dont on nous accuse de nous gargariser. Il faut redonner du sens aux acquis et aux victoires remportées.

Reste encore à être crédibles, et pour cela assumer le fossé qu’il peut exister entre nos idéaux et les réalités. Par exemple, à travail égal il n’y a pas parité de salaires entre hommes et femmes. Le combat continue. Et il y a encore une inégalité de chances selon les origines sociales pour l’accès aux formations supérieures ou à certains emplois. Le droit au et du travail en est un parfait illustration.

Plus que jamais nous devons être vigilants à l’égard de ceux qui ont dû supporter des fractures majeures dans leur vie et ont le sentiment que le cadre offert par la religion notamment leur est nécessaire pour réexister faute d’avoir été protégés par leur famille ou la société. Si ces jeunes basculent vers les mafi eux de tous poils, c’est bien qu’ils ne sentent plus protégés par la loi française et les institutions.

Oui il nous faut parler la République pour la refonder et la relégitimer, mais en assumant ses contradictions, en donnant de l’espoir, bref en évitant que se rompe le lien qui nous unit encore. Aujourd’hui ce ne sont pas les religions qui sont fortes, mais la République qui est faible.