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 Edito 

Banquet républicain

Le principal parti de la droite française, l’UMP, s’apprête à un changement de nom pour s’appeler «Les Républicains». La France est restée une république depuis la proclamation de la troisième du nom le 4 septembre 1870, mis à part l’atroce parenthèse de l’État français sis à Vichy de 1940 à 1944.


Si l’on veut faire de la République un nouveau credo, on ne peut qu’engendrer des hérésies.

Le caractère de nos institutions n’est pas mis en danger. Si dès son fondement la troisième république a été menacée par la composante monarchiste, ce n’est plus le cas; les royalistes ne comptent désormais que pour le folklore : ils font la messe à l’anniversaire de la mort de Louis XVI, tandis que, le même jour, les républicains les plus ardents se gavent le palais d’une tête de veau.

Mais le terme demeure dans toutes les bouches politiques : «valeurs républicaines», «institutions républicaines», etc., comme si la patrie était en danger alors qu’il suffirait de mettre en avant «les droits de l’Homme», «la démocratie», «les libertés»... D’ailleurs nombre de républiques sont des dictatures féroces (Corée du Nord, Iran, etc.).

Imagine-ton au Danemark, en Grande-Bretagne ou en Belgique de saupoudrer les discours politiques de «valeurs royales», «institutions monarchiques»... alors que ces pays n’ont rien à envier à la France en termes de libertés et de démocratie ?

Même la tradition du banquet républicain, célébré au XIXe siècle pour s’opposer à la monarchie ou au second empire, est demeurée dans les mœurs. C’est une manière comme une autre de rassembler les habitants d’une commune. En d’autres lieux, on l’appellerait «banquet citoyen», tout simplement parce qu’il rassemble sans distinctions de classe, d’origine... Et les personnalités politiques s’y invitent, voire sont à l’initiative.

Alors, nommer un parti «Les Républicains», alors que les groupes parlementaires à l’Assemblée et au Sénat s’appellent déjà «Radical, républicain, démocrate et progressiste», «Gauche démocrate et républicaine» , «Groupe communiste, républicain et citoyen», ça commence à faire désordre.

Qu’ont à voir les enfants dans cette querelle de mot ?

Depuis les évènements de janvier, on n’arrête pas d’asséner l’adjectif «républicain» aux valeurs qui doivent être répétées ad nauseam, aux élèves. L’ex-UMP en profitera-t-elle ? On en doute, car le matraquage des mots ne peut que susciter l’effet inverse de ce qui était escompté.

Le pompon, c’est la dernière initiative du «groupe socialiste et apparentés», récemment adoptée par le Sénat, une proposition de loi «relative au parrainage républicain», doublée d’une proposition du «groupe socialiste, républicain et citoyen et apparentés» de l’Assemblée «relative au parrainage civil».

Pourquoi perdre le temps législatif à faire adopter un texte sans conséquence juridique, hormis la présence des parrains «républicains» ou «civils» dans les conseils de famille lorsque la tutelle est instituée pour protéger un enfant ?

Le texte prévoit dans l’une des propositions : «(...) l’officier d’état civil reçoit la déclaration du parrain ou des parrains qui s’engagent, dans le respect des règles relatives à l’autorité parentale, à concourir à l’éducation et à l’apprentissage de la citoyenneté républicaine du parrainé».

Est-on en guerre contre le baptême et le parrainage religieux ? Pourquoi faire renaître l’institution révolutionnaire d’une époque où il fallait combattre pied à pied la toute puissance de l’Église catholique ? Serait-ce encore pour dresser la «laïcité» contre les pratiques religieuses ?

Si l’on veut faire de la République un nouveau credo, on ne peut qu’engendrer des hérésies.