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 Edito 

De la coopération à la coéducation

L’idée qu’on peut encore se faire des familles d’accueil est désormais bien éloignée de la réalité. Ce ne sont plus les «nourrices» des temps anciens, ni les «dames dévouées aux enfants» parce qu’elles sont – ou ont été – de «bonnes mères».

 Par Jean-Luc Rongé 


Il est plus que nécessaire que le parent «d’accueil» puisse gérer les rapports entre l’enfant et sa famille, que les travailleurs sociaux des services puissent participer avec bienveillance et perspicacité à la mise en place de cette relation, que les assistant(e)s familiale(s) puissent révéler sans crainte, sans cachotteries, les quelques incidents qui émaillent la vie de l’enfant, notamment à l’adolescence.

L’assistant(e) familial(e) est désormais une profession reconnue par la loi, par les usages et les fonctions occupées par ce métier, en grande partie féminin, requièrent un « professionnalisme » qui ne s’apprend pas que par l’habitude de torcher les gosses.

Plus le temps avance, plus le nombre de celles qui ont conservé leur fonction par la «valorisation des acquis d’expérience» (VAE) se réduit. Pour être reconnu(e) comme assistant(e) familial(e) ou maternel(le), il faut désormais suivre un stage préparatoire à l’accueil d’enfants, puis dans les trois mois de l’agrément, participer à une formation adaptée aux besoins spécifiques des enfants accueillis, des formations continues…, sous le contrôle des services du Conseil général.

Un diplôme d’État d’assistant familial atteste des compétences nécessaires pour accueillir des enfants manière permanente.

Ce n’est donc plus à des « mémés » que l’on confie les enfants relevant de la protection de l’enfance, mais à des « professionnelles » de plus en plus aguerries.

Alors, pourquoi cette méfiance constatée au travers des paroles entendues ou des écrits de celles qui font la profession d’accueillir des enfants en permanence en leur demeure ? Pourquoi aussi cette méfiance lorsqu’il s’agit pour elles de s’exprimer sur l’avenir de l’enfant, ses souhaits, de rapporter ce qu’elles peuvent avoir constaté au jour le jour.

Certes, elles peuvent avoir acquis le regard subjectif d’une « mère » protégeant son «petit», malgré la «distance» obligée afin de ne pas « troubler l’enfant dans ses repères familiaux ». Certes, les objectifs de la mesure de protection de l’enfance peuvent ne pas avoir été bien assimilés. Cela se passe également dans les relations des services de l’ASE avec les établissement d’hébergement collectif.

Malgré la loi de 2005, les préconisations de l’IGAS, et malgré les progrès constatés dans certains départements, la relation entre le services de l’ASE, son « référent » et l’assistant(e) familial(e) ne sont pas toujours guidées par le confiance réciproque.

S’il est vrai que la coopération est difficile à établir entre le « contrôleur » et le « contrôlé », elle est pourtant un élément nécessaire aux progrès dans le développement de l’enfant accueilli. Il en est de même dans l’établissement de la relation entre l’enfant, sa famille « naturelle » et sa famille « d’accueil »… et le service de l’ASE.

Si l’enfant trouve dans la famille d’accueil « l’environnement sécure » dont il a besoin, ses attachements multiples doivent pouvoir être vécus dans un rapport de même qualité.

Il est donc plus que nécessaire que le parent « d’accueil » puisse gérer les rapports entre l’enfant et sa famille, que les travailleurs sociaux des services puissent participer avec bienveillance et perspicacité à la mise en place de cette relation, que les assistant(e)s familiale(s) puissent révéler sans crainte, sans cachotteries, les quelques incidents qui émaillent la vie de l’enfant, notamment à l’adolescence – sans compromettre le droit aux « petits secrets » révélés dans leur intimité -, que le « problèmes » puissent être exposés dans une concertation non culpabilisante, destinée à trouver les solutions dans le meilleur intérêt de l’enfant.

C’est l’optique de la coéducation, selon Frédéric Jésu qui précise : « La coéducation est d’abord une affaire d’adultes. Elle leur demande de reconsidérer leurs postures et leurs dispositions mutuelles – en valorisant leurs postures d’accompagnement et de partage et leurs dispositions à coopérer voire à s’entraider. Elle sollicite de leur part, même en cas de litiges, un parti pris de bientraitance, de confiance et de respect. Pour raisonnablement utopique et réaliste qu’elle soit, elle doit être également cimentée par la volonté et la capacité de chacun de s’y sentir impliqué et responsable ».